Prenons un exemple. Il est imaginaire, mais beaucoup de photographes s’y reconnaîtront.

Claire photographie des mariages depuis quinze ans. Elle est prudente. Ses fichiers RAW vivent sur le disque de travail de son Mac. Chaque soir, une sauvegarde automatique les recopie sur un disque externe. Une fois par mois, elle clone ce disque sur un second, qu’elle range chez sa sœur. Trois copies, deux supports, une hors de chez elle : c’est la règle « 3-2-1 », celle que recommandent la plupart des guides.

Un jour, une cliente lui demande les photos de son mariage, célébré cinq ans plus tôt, pour un album d’anniversaire. Claire retrouve le dossier sans peine. Mais en l’ouvrant, plusieurs fichiers affichent une bande grise. Elle va chercher le disque de sauvegarde : mêmes fichiers, même défaut. Le disque rangé chez sa sœur : pareil. Ses trois copies sont trois copies du même fichier abîmé.

Claire n’a rien fait de mal. Elle a sauvegardé. Ce qui lui manquait, c’est autre chose.

Sauvegarder n’est pas préserver

Une sauvegarde répond à une question : si je perds ce disque, ai-je une autre copie ? C’est essentiel, et la règle 3-2-1 y répond bien.

Mais elle ne répond pas à une autre question : cette copie est-elle encore identique à l’original ? Une sauvegarde recopie ce qu’elle trouve. Si le fichier source s’est altéré en silence, la sauvegarde suivante recopie l’altération, fidèlement. Avec le temps, et la rotation des disques, la dernière version saine peut disparaître sans que personne s’en aperçoive.

Le précédent article de cette série expliquait pourquoi un fichier numérique, qui ne s’use pas, peut tout de même changer : support qui vieillit, copie interrompue, synchronisation qui écrit par-dessus. Multiplier les copies protège contre la perte d’un support. Seule la vérification protège contre l’altération.

Quatre mots qu’on confond souvent

Ces quatre mots sont souvent employés l’un pour l’autre. Ils désignent pourtant des choses différentes, et chacune ajoute quelque chose à la précédente.

La copie. Un fichier dupliqué à un autre endroit. Rien de plus : on ne sait pas si elle est complète, ni si elle le restera.

La sauvegarde. Une copie faite pour être récupérée en cas de perte, en général automatiquement et régulièrement. Elle suit l’état courant des fichiers, ce qui est sa force (elle est à jour) et sa faiblesse (elle suit aussi les erreurs). Beaucoup de logiciels de sauvegarde ne gardent qu’un nombre limité de versions anciennes.

L’archivage. On met un ensemble de fichiers de côté, figé, pour le garder longtemps : le reportage terminé, le fonds clos, la commande livrée. Une archive ne suit plus les changements ; elle est censée garder l’état d’un moment.

La préservation. C’est l’archivage, plus la preuve, dans la durée, que ce qui est gardé est toujours intact et toujours récupérable. Concrètement, la préservation ajoute :

  • le contrôle d’intégrité : une empreinte de chaque fichier, prise au départ, à laquelle on compare l’état présent ;
  • la traçabilité : un historique daté de ce qui a été vérifié, quand, et avec quel résultat ;
  • les vérifications périodiques : on ne contrôle pas une fois, on contrôle régulièrement, sur chaque copie ;
  • la restauration éprouvée : on sait remettre les fichiers en place, et on vérifie qu’ils sont bien revenus intacts.

La différence tient en une phrase : une sauvegarde dit « j’ai une copie » ; la préservation dit « j’ai une copie, et je sais qu’elle est bonne ».

Ce que Claire aurait pu savoir

Avec un contrôle de fixité, l’histoire de Claire change sur un point décisif : elle l’aurait su à temps. Un audit aurait relu ses fichiers, recalculé leurs empreintes, et signalé ceux qui avaient changé, peut-être des années avant la demande de sa cliente. À ce moment-là, une version saine existait encore quelque part : sur un ancien disque, dans une archive plus ancienne. Le problème aurait été une restauration, pas une perte.

C’est tout l’enjeu : une altération découverte tôt se répare ; une altération découverte tard se constate.

Comment Obscura Vault aborde la préservation

Obscura Vault ne remplace pas votre logiciel de sauvegarde. Il ajoute ce qui lui manque : la preuve que les copies sont bonnes, et le moyen de remettre en place une copie saine.

Des archives qui se vérifient

Une archive .obf est un paquet qui contient tout le dossier d’un projet, compressé, éventuellement chiffré, avec son inventaire (le manifeste) et une signature. Le manifeste liste chaque fichier, avec son chemin, sa taille et son empreinte SHA-256. La signature garantit que ce manifeste n’a pas été modifié depuis la création de l’archive.

Vault relit chaque archive aussitôt écrite : elle n’est annoncée « créée et vérifiée » que si sa signature et l’empreinte de son contenu sont conformes. Vous pouvez la vérifier à nouveau à tout moment, y compris une archive rangée sur un disque externe. Le format est décrit sur la page Le format .obf et dans le chapitre Créer, vérifier et restaurer une archive du guide.

Des copies qui se comptent vraiment

Vault suit la règle 3-2-1 avec trois niveaux de supports : N1 (travail), N2 (archive locale), N3 (hors site). Chaque disque, bande ou espace en ligne que vous déclarez reçoit une échéance de remplacement : un ordre de grandeur selon sa nature, pas une garantie de fabricant, mais une date, car un support sans échéance n’est jamais remplacé. Quand un niveau n’a aucun support actif, Vault le dit : « la règle 3-2-1 n’est pas tenue ». Trois disques neufs posés au même endroit ne font qu’une copie.

Une copie hors site vérifiée, pas seulement envoyée

L’écran Hors site envoie vos archives vers un stockage compatible S3 (Amazon S3, Backblaze B2, Cloudflare R2, MinIO…) ou vers un dossier distant (un NAS, un disque réseau).

Deux règles protègent ces copies :

  • avant d’envoyer, Vault vérifie l’archive locale. Une archive abîmée n’est jamais envoyée, et la copie déjà présente à la destination reste intacte. C’est exactement ce qui a manqué à Claire : le jour où le disque du Mac se dégrade, la copie hors site n’est pas écrasée par une version abîmée ;
  • après l’envoi, la copie est vérifiée avant que l’envoi soit déclaré réussi. Une copie fausse fait échouer l’envoi : une copie fausse est pire que pas de copie.

Une copie hors site peut aussi être vérifiée plus tard : Vault en relit le contenu et le compare au manifeste signé. Une copie que le service refuse de lire est « non vérifiable », jamais « endommagée ». Le détail est dans le chapitre Les copies hors site.

Des vérifications périodiques, et un historique

Les audits de fixité relisent vos fichiers chaque semaine ou chaque mois, et chaque contrôle s’ajoute à un journal qui ne se réécrit jamais. Chaque vérification d’archive est aussi enregistrée avec sa date. Le Tableau de bord résume l’ensemble : il n’affiche « Tout est vérifié » que si tous les fichiers ont été relus et sont intacts, qu’aucune archive n’est en échec, et que vos copies existent bien (un support actif à chaque niveau, une archive hors site, des clés d’archives exportées, un audit complet à jour, entre autres). Sinon, il dit ce qui manque.

Et, comme pour les fichiers, Vault distingue toujours Vérifié, Altéré, Non vérifiable et Jamais vérifié. Vérifier une archive rangée sur un disque débranché donne « non vérifiable », jamais « vérifiée » : un disque absent ne prouve rien. Voir Le contrôle de fixité.

Une restauration qui se contrôle elle-même

Restaurer, c’est le moment où la préservation sert. Vault :

  1. vérifie l’archive avant d’extraire quoi que ce soit : une archive qui ne passe pas la vérification est refusée ;
  2. extrait les fichiers dans un nouveau dossier, sans jamais écraser un fichier déjà présent ;
  3. relit chaque fichier restauré et compare son empreinte à celle du manifeste, puis dit si tout correspond ou lesquels diffèrent.

La restauration est gratuite, depuis une archive locale comme depuis une copie hors site. Le guide conseille d’en faire une de temps en temps, dans un dossier à part : c’est la seule façon de savoir que vous avez tout ce qu’il faut, clés comprises, le jour où vous en aurez besoin.

Ce qu’il faut retenir

  • Trois copies protègent contre la perte d’un support, pas contre l’altération d’un fichier, que les sauvegardes recopient fidèlement.
  • Copie, sauvegarde, archivage et préservation sont quatre étapes différentes. La préservation ajoute le contrôle d’intégrité, la traçabilité, les vérifications périodiques et une restauration éprouvée.
  • Une copie n’a de valeur que si l’on sait qu’elle est bonne : chaque copie doit pouvoir être vérifiée, et l’être.
  • Une copie non vérifiée n’est ni bonne ni mauvaise : elle est inconnue.

Reste une question que la plupart des stratégies de sauvegarde ne posent pas : dans vingt ans, avec quel logiciel ouvrira-t-on ces archives ? C’est le sujet du prochain article.


Article suivant de la série : Dans 20 ans, pourra-t-on encore ouvrir vos archives photographiques ?

Article précédent : Un fichier numérique ne s’use pas. Alors pourquoi faut-il vérifier son intégrité ?

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